Entre deux verres.

Il était toujours au bar, gaillard souriant et bavard. D’après ce qu’il racontait autour de lui, il avait connu un printemps très chaotique, heurté et douloureux, il avait même pensé qu’il ne s’en remettrait jamais tout à fait.
Mais il avait vécu un si bel été. Embrasé, flamboyant, lui avait eu cette chance, lui avait connu la chaleur, le grand soleil, il avait été amoureux. Tellement amoureux. Et si longtemps.
Maintenant il se plaisait à rêver aux couleurs d’un automne paisible, doux et délicieux. Il souriait en inspectant le contenu de son verre, jouant avec les reflets dorés d’un mouvement de poignet.
Quelqu’un derrière le bar lui a demandé :
– « Et l’hiver pépère ? »
Il a opiné du chef et cligné des yeux en le regardant.
-« Oh oui bien sûr, l’hiver… »
D’un coup il s’est trouvé ailleurs, avec d’autres, le regard perdu et la bouche entrouverte, ébranlé, le visage fermé, lui d’habitude si rayonnant.
Il soupira, tête baissée vers le sol, comme s’il hésitait avant de passer aux aveux. Il vida son verre d’un trait et le reposa sur le comptoir, l’effleurant du bout des doigts encore quelques secondes, le temps de bien avaler.
Il se leva pour quitter le bar et salua son monde d’un signe de tête. Plus personne ne bronchait. On l’a regardé partir, le dos large, à peine courbé. Avant de passer la porte il nous a lancé :
– « Et bien quoi l’hiver ? L’hiver est une mocheté de saison grise et froide qui nous gèle les os.
» (il a dit les osses et il a fait plus froid dans le bar). Il a fait un pas de plus vers la sortie et s’est arrêté la main sur la poignée pour ajouter :
-« Personne n’a particulièrement envie qu’une saleté pareille dure trop longtemps pas vrai ? » et il ne souriait pas du tout. La porte s’est refermée sur lui. Il s’est encore passé un moment avant que quelqu’un ne l’ouvre. Puis celui qui lui avait posé la question a redemandé un demi au patron en espérant que ça lui passe son mal aux dents. Petit à petit les conversations ont repris, tout le monde s’accordant à dire que les premiers signes du printemps n’allaient certainement plus tarder à se manifester.

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5 Réponses to “Entre deux verres.”

  1. Marie-Georges Profonde Says:

    Tiens, le texte a changé depuis ma dernière visite, intéressant 🙂
    C’est ce qui s’appelle jeter un froid… Glacial !
    Tu as raison de terminer ainsi ton texte. Il n’en est que plus vrai (on s’y croirait, dans cette atmosphère de gêne aux entournures). Et c’est bien vu : après l’hiver, même après la mort, le printemps revient toujours (que c’en est parfois indécent).

  2. Yadiel Says:

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  3. pipobanjo Says:

    @Marie-Georges : Oui en fait entre temps j’ai supprimé le premier mal achevé, retravaillé et changé le titre. Puis reposté. Ah oui j’ai aussi fait une lessive à la main et finalement réussi à joindre Patrick pour le 12. C’est OK.

    @ Yadiel : 150%, isn’t it too much for such a simple man ?

  4. Audine Says:

    Ben quand même, y a des bourgeons, ça va venir, c’est certain.

    Y a qu’à rester sous la couette, en attendant.
    Ou feuilleter des catalogues d’agences de voyage à Sénégal et Egypte.
    Ou aller boire un coup dans un bar au chaud tiens.

  5. pipobanjo Says:

    Allez, va pour un coup au bar! Ü

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