Archive for juin 2008

Sans déconner (cloud version): les matériaux.

17 juin 2008

Sans déconner c\'est beau non ?

Des mots. Dans tous les sens. (ha ha…)
Publicités

Sans déconner.

17 juin 2008

 – Ex.

 Sans déconner !? Sans déconner !? Je le crois pas ! T’es revenue ? Attends, je peux pas le croire ! Je rêve… T’es r’venue ! Toi ! T’as fait tout ce chemin…Halala !! Toute cette route pour revenir ici !…Ben dis donc…Si on m’avait dit…Ha non vraiment je l’aurais pas cru ! 
 Je vais te dire, j’y pensais même plus hein ! J’avais fait une croix dessus. Tu parles, tout ce temps, tout ce temps…Je m’étais habitué tu sais, comment te dire…je suis resté un moment à me dire que t’étais plus là, hum…pas facile tu sais…pis là, depuis quelques mois je m’étais fait à l’idée que t’étais partie… Mais là !!! Tu me cueilles ! Sans déconner ! Ah ben merde alors ! J’en parlais encore hier soir avec ton frère, un mec bien ton frère d’ailleurs, je le dis d’autant plus que j’ai passé trois ans à le traiter de con, je lui disais que finalement tout n’était pas négatif dans la solitude. Tu sais qu’on se voit souvent avec ton frère ? Ouais, au moins une fois par semaine, je vais chez lui, il vient ici, on discute, on boit un coup. C’est un mec tranquille ton frère. Tout ce qu’il me faut. Tu te souviens au début je pensais qu’il était mou du bulbe ? Ben en fait pas du tout, il est assis et serein. Comme quoi…On se trompe sur les gens…Et plus encore sur les gens simples. Et toi ? Comment tu vas ? Ah !!! Au fait !! J’allais oublier, Pascal s’est marié ! Y a deux mois ! Tu le crois ça !? Avec Sandrine, la nana que t’avais insultée au resto le soir du nouvel an…Tu vois pas ? Mais si, tu disais qu’elle me faisait du rentre-dedans, une blonde, pas mal…Non pas elle, elle c’est Sylvie et tu l’avais giflée à la soirée des trente ans de Vincent. Non, non plus, c’est pas elle non plus ! Enfin c’est pas grave, juste que Pascal est heureux avec elle, ils sont cools ensembles… mouais…tu vois quoi… …Ah j’en reviens toujours pas dis donc ! Toi ! Ici ce soir, deux ans après tout ça…Sans déconner ! Hein ! Ca fait drôle de te voir tu sais … T’as pas changé, t’as l’air en forme même. Tu fais du sport ? Non ? Ben ça te va bien alors, erf ! …Bon écoute, j’ai pas trop le temps là, je suis déjà à la bourre pour l’entraînement. Hein ? Non je suis désolé, je te fais pas rentrer, faut vraiment que j’y aille là…Allez je t’embrasse…Appelle-moi si tu restes un peu dans le coin. Bon ben … Salut ! 
…Fait chier elle m’a mis en retard avec ces conneries. Je vais me faire chambrer moi…Pfff… Faudra que je pense à plus me marier moi… Merde ! Mes baskets! Elles sont où mes baskets ?

  …/…

 – Potes.

 Rentre Luc ! Deux secondes et je suis à toi. Dès que je mets la main sur mes shoes. Putain !! Elles sont où ?? Sers toi à boire si tu veux, j’arrive. Ca y est ! Je les ai trouvées ! Tu sais où elles étaient ? Dans mon sac de sport. J’ai fouillé toute la baraque et elles étaient dans mon sac ! Ahlala, fais moi penser à acheter du phosphore. Ca va ? T’es prêt toi sinon ? OK. Tu bois rien ? T’as raison on est déjà en retard ; let’s go ! On prend ta bagnole ? Ouais ça ira plus vite la mienne est dans le garage. En route ! 
…Dis donc c’est quoi cette odeur ? T’as mis du désodorisant ? Pouah !! C’est pas terrible, ça me file la gerbe ton truc. C’est où pour ouvrir le carreau ? Ca te gêne pas que j’ouvre ? Toutes façons c’est ça ou je dégueule sur tes sièges. Non je déconne, mais ça pue vraiment ton truc. On aurait dû prendre la mienne, si ça se trouve je vais être malade à l’entraînement. Je te jure, je me sens pas très bien. Bien la peine d’aller faire du sport pour être malade…Ca te fait rien à toi ? Tu sens rien ? T’as plus d’odorat c’est pas possible ! Un mélange de lavande et de quelque chose de pourri, tu sens pas ? …Je vais descendre au feu là, je te rejoins à la salle. Ouais je préfère. Je vais faire le reste en courant ça me servira d’échauffement. Je comprends pas comment tu supportes cette infection. Allez, à tout de suite… 
Aaah ! Quel bonheur ! De l’air ! J’espère que ça l’a pas vexé ce con…Pis après tout hein…C’est pas de ma faute si elle pue sa bagnole… Salut les mecs ! Ouais, je sais, je suis en retard. C’est bon, ça fait que cinq minutes, vous me lâchez maintenant, merci. Demandez à Luc il vous dira. J’ai dû faire un kilomètre à pince tellement ça schlinguait dans sa caisse !…Bah Luc, le prend pas comme ça, je voulais pas te vexer…M’enfin quand même, si t’avais mis un rat mort sous mon siège c’était pareil. Ben non toi tu sens rien alors forcément …Tu devrais soigner ton rhume et tu verrais que j’avais raison, ta caisse schlingue…Qu’est-ce que tu fais ? Tu te casses ? Bah non déconne pas, Luc ! Y va manquer quelqu’un pour le match ! Putain t’es susceptible toi hein ! Merde ! On est adultes, on peut se dire les choses quand même non ? Ouais ben c’est ça casse-toi , toutes façons pour ce que tu comptes dans l’équipe…Et pendant que tu y es, va laver ta bagnole ! Crapi va !!!……Quelle équipe de nazes ! Si ça continue je vais arrêter moi. Pis bonjour les copains hein, pas un pour me ramener chez moi. Déjà que j’ai joué pour deux, je me coltine cinq bornes à pinces. On m’y reprendra tiens ! Je joue franc jeu moi, c’est eux qui ne supportent pas la vérité. Y sont nuls y sont nuls, je vais pas dire le contraire pour leur faire plaisir quand même ! Merde !!  

 …/… 

– Ami.

 Je t’ai dit que j’avais revu ta sœur avant-hier ? Si. Elle est venue sonner à la maison. Je le croyais pas dis donc. Quel culot hein, tu trouves pas ? Attend, après tout le cirque qu’elle m’a fait ? Se pointer comme ça, à l’improviste chez les gens ? Ben moi je trouve ça culotté. Note bien que ça ne m’étonne pas d’elle, au moins elle a pas changé, fidèle à elle-même la Françoise…en plus je sais pas trop ce qu’elle voulait. Je lui ai proposé d’entrer mais elle a pas voulu. Peut-être elle a eu peur que je lui saute dessus. Erf ! Si elle savait la pauvre…Comment je m’en contrefout de son cul. En plus elle a grossi. Elle a jamais été super canon, mais là avec son gros cul en plus, non vraiment, sans façons…Elle est pas venue te voir toi ? T’es son frère quand même ! Avec tout ce que t’as fait pour elle…Ah bon elle est passée chez toi aussi alors ? Remarque je dis ça comme ça, je m’en fous en fait, je tiens pas à le savoir…C’est plus mes oignons. Elle a dû geindre pendant toute la soirée, se lamenter sur son sort comme elle sait si bien le faire…Pis si elle t’avais parlé de moi tu me le dirais…Qu’est-ce qu’elle a dit ? Oh ? Sans déconner ? Et tu l’as crue ? Attend, c’est ma parole contre la sienne et tu hésites ?!
Putain tu me déçois François, tu sais ça ? Tu me déçois beaucoup même !! Non, laisse tomber, je rentre chez moi ça vaut mieux. Tu peux te le foutre au cul ton bourbon !!! Non mais je rêve. Tous aussi tarés dans la famille hein !

  …/…

 – Boulot.

 – « Allo ? Stéphane M. j’écoute ? Oui bonjour Monsieur le Directeur…Pour ce midi ?…Aucun problème. Ce sera prêt Monsieur le Directeur…Je vous en prie… Au revoir Monsieur le Directeur, bonne journée. » 
Putain ! 10h30 ! Et l’autre crétin qu’est en congé. Toujours pour ma pomme les plans foireux.
…Stéphane par ci, Stéphane, Stéphane il en a raz le bol de tout se taper dans le service. A chaque truc un peu spécial c’est moi qu’on appelle. Merde ! Suis trop con. Ah on sait le trouver Stéphane pour les urgences, et toujours pour avant-hier. Tout ça parce que je fais partie d’un service d’incapables et de fumistes… Bande de nazes ! Vous feriez quoi si j’étais pas là ? Pfff…Ca me dégoûte tiens ! …Pis tout seul j’y arriverai jamais pour midi…Merde pourquoi j’ai dit oui à cette enflure de dirlo ?!!…Hé mais dis donc…C’est un cas d’urgence ce truc…Je m’en vais te le rappeler l’autre trouduc en congé ! Cas de force majeure, désolé mon pote. Tu oublies tes congés et tu rappliques fissa ! 
-« Allo ? Ouais c’est Stéphane M. là, salut vieux…Mauvaise nouvelle. Suis vraiment désolé crois le bien, mais ce connard de Directeur vient de me demander de t’appeler pour que tu reviennes à la boutique…Mais je lui ai dit figure toi, tu me connais. Il a rien voulu savoir…J’ai insisté pour faire le boulot tout seul, mais niet. Ah ça m’emmerde tu peux pas savoir…Ben ouais, comme tu dis, toujours les mêmes. T’inquiète va, on les aura…Ouais ben à tout de suite alors… »

 …/…

 – Sexe.

 Ca t’embête si j’éteins la lumière ? Hein ? Ben non comme ça, je préfère c’est tout…OK je t’explique, je sors à peine d’une histoire avec une nana alors…Ben le noir ça me rassure, je peux m’imaginer ce que je veux, tu comprends ? Ca te gêne pas au moins que je te parle de ça ? Je veux dire, faut pas que ça te bloque hein ?…Pis je vais te dire un truc, elle était vachement moins bandante que toi. En fait c’était une cérébrale. Un peu chiante pour tout dire. Bloquée. Elle savait que faire l’amour, pas baiser. J’en ai bavé tu sais. Jamais une pipe. C’est à peine si elle me caressait les couilles ! Tu vois le genre ?! En fait ça a duré avec elle parce que j’espérais toujours qu’elle allait changer, se lâcher une bonne fois. Merde ! Au pieu tout est permis non ? Faut pas d’autorisation pour bander quand même, sans déconner ?! Alors je l’ai lourdée. Tu veux savoir comment j’ai fait ? Ben en fait, je savais qu’on se voyait le soir, alors je me suis branlé toute la journée. Comme ça quand elle est arrivée chez moi, même Pénélope Cruz je l’aurais pas touchée ! Tu sais, sans le sexe, on y voit beaucoup plus clair. Les rapports humains deviennent plus simples, plus honnêtes. Du coup j’ai vite compris qu’elle me gonflait.
Alors cassos ! Je l’ai virée aussi sec. Hein ? Ben qu’est-ce tu fais ? Mais déconne pas, je te dis tout ça justement parce que je sens bien que t’es pas comme elle ! Merde, t’avais compris quand même, non ? AAHH fait chier !!! Putain de vérité !!!  

…/…
 

– Malade.

Hé ! C’est pas possible d’avoir autre chose que cette infâme purée sans sel Mohamed ? Ouais scuse, mais Jamel ou Mohamed c’est quand même dégueu ce que tu m’amènes. D’ailleurs tu peux rembarquer ton chariot j’y toucherai pas. Putain ça fait deux jours qu’on me sert de la merde tiède. Pas possible ça !…C’est le médecin qui décide ? Ben attend que je le vois ton toubib, y va m’entendre ! Crois moi ! Ouais c’est ça casse toi, pis ferme la porte qu’au moins j’essaie de me reposer, déjà qu’avec le bruit qu’il fait l’autre légume à côté…Ben je sais qu’il est fort malade, mais j’y suis pour rien non ? Il entend plus de toutes façons alors…Je peux dire ce que je veux ça changera rien…Tout ce fric qu’on paie pour rien…Y s’en sortira pas alors à quoi ça sert de s’acharner comme ça ? Vous attendez quoi ? Qu’il lui pousse des feuilles ?…Tiens François ! T’es venu ? Ben ça me fait plaisir j’te jure !…Non rien de grave rassure-toi, y m’auront pas encore cette fois ci HA HA ! Quoique, avec la merde qu’ils me servent à bouffer, erf ! Hein ? Ben non t’es le premier. Et à mon avis tu seras le seul. Comment t’as su au fait ? J’en ai parlé à personne…Ma mère ? T’as appelé ma mère ? Pourquoi faire ?…Putain ! C’est elle qui t’as appelé cette vieille folle ! Elle sait pas la fermer même quand on lui demande…Ah j’te jure…J’ai pas l’air con moi maintenant…Pourquoi ? Ben parce que si ça se trouve tu t’es senti obligé de venir et que t’avais pas envie, voilà pourquoi ! Comment je peux savoir si t’es sincère moi ?

 …/…

 – Mort.

Quand il est mort, Stéphane M. a eu l’enterrement qu’il méritait.
Cérémonie religieuse, église, curé, sermon, puis cimetière.
Sa famille, ses amis ainsi que ses collègues étaient présents en nombre, tous avec à la main un petit paquet.
Tous se sont recueillis, et tous, avant de partir, 
ont jeté leur petit paquet de merde sur sa tombe. 

Et Dieu dit : « Ouais, c’est vrai qu’il était lourd ce con ».

La lumière du matin.

12 juin 2008

Il semble bien que j’ai perdu le sommeil. Je viens de passer une nuit de plus à m’agiter et me retourner dans le lit, sans aucune trace de repos, mille questions en tête et le poids d’une enclume sur la poitrine. Cela fait quasiment un an maintenant que j’implore le matin pour en finir avec ces interminables nuits qui n’en sont pas. Je guette les premières lueurs de l’aube et m’empresse de sortir prendre l’air. Enfin le corps en mouvement, me voilà qui descends vers le port.
Après un tel couloir obscur, c’est un bonheur d’être là aux aurores, d’avoir l’espace de perdre mon regard ici sur la jetée ou là sur le ponton, de le suivre du regard jusqu’à l’écluse. D’essayer de percer la surface de l’eau pour deviner ce qui s’y cache. Peut-être un poisson fait-il de même et tente de m’observer depuis le fond. Non ? Non. D’écouter le souffle des vagues qui courent le long de la coque des bateaux ou bien résonner là-bas sous les halles désertes le cri d’un chat qui décampe. Puis le silence qui se pose, comme une question céleste.
Les petits bateaux sont de retour de leur marée nocturne. De toutes les espèces de poissons que je vois débarquer j’en connais à peine deux ou trois. Une sole, un rouget, peut-être. Je pense à ça à cause de mon grand-père pêcheur qui m’expliquait comme ça qu’il est important de connaître le nom des poissons parce que c’est comme ça que ça marche, les choses dont on ignore le nom finissent par disparaître ; et il ajoutait en souriant « qu’au moins si on te présente une morue tu saches la reconnaître. » Il me vient l’idée de me renseigner auprès des femmes de marins qui tiennent les échoppes de poissons mais à cet instant elles sont bien trop affairées à étaler la marée de la nuit pour que je ne les dérange, ce sera pour une autre fois ; je continue ma promenade matinale en direction du phare rouge, vers le rocher des otaries. Elles ne sont pas là tout le temps et une fois sur deux je me contente d’un grand bol d’air sur la plage avant de retourner m’enfermer la journée au bureau. Je longe le quai et dois me frayer un chemin au milieu d’un groupe de goélands affairés à dépecer le cadavre d’un gros poisson – dont je ne connais pas le nom. C’est à peine s’ils daignent rompre le cercle de leur festin à mon passage, et même, ouvrant large son bec crochu le plus grand me crie dessus. Je ne la ramène pas trop et préfère les contourner largement. Il m’arrive d’observer de trop près l’énorme bec jaune d’un grand goéland vorace, de me laisser déchiqueter par son œil fixe, et je me dis que finalement il ne faudrait pas grand-chose pour qu’à nouveau nous soyons des animaux traqués, gauches et désemparés. Qu’un de ces quatre matins une nouvelle hyper pollution va joyeusement détraquer tout ça et rendre ces bestioles agressives et nos ordinaires bien moins sereins. Les rats les insectes les oiseaux les araignées les chats les chiens. Quelques fois aussi je me dis qu’il serait bon que j’arrête de vivre seul et que ça commence à me tourner sur le ciboulot.
Finalement je suis arrivé au bassin, et je peux oublier ces maudits oiseaux. Je m’installe sur un rocher plat, les otaries sont là à batifoler dans la flotte. Elle sont deux, grande et petite, et c’est la petite qui mène a danse ; elle s élance, vive comme une torpille et giclant hors de l’eau, envoie sa congénère qui fait deux fois son poids valdinguer au bas du rocher ; allez, à la baille ! Elle revient à la charge et tente de lui mordre la nageoire ; elle lui passe dessus, dessous, sans que la grande n’ait le temps de réagir. J’adore ça les otaries. Je suis tellement absorbé par leurs ébats nautiques que je n’ai pas remarqué que je n’étais pas seul. Mon œil gauche vient de capter le mouvement léger d’une mèche de cheveux blond soulevée par le vent. Il y a une fille à dix mètres de moi, légèrement sur ma gauche.
Comment ai-je fait pour ne pas la voir ? A moins qu’elle ne vienne d’atterrir ? Une jolie fille posée sur un rocher, comme une statue, sauf qu’elle aurait le sourire et les joues rougies par l’air frais du matin. Les deux otaries continuent leur ballet, plongent vers le fond et remontent à la surface, collées l’une à l’autre par le flanc. Maintenant elles agitent une nageoire hors de l’eau, toujours unies, nageant lentement le reste du corps à peine immergé affleurant à la surface. Elles dégagent autant de simplicité que de magie, de puissance que de fluidité. La vie et son étincelle. Les voilà à présent toutes les deux sur leur rocher à regarder vers le ciel, joue contre joue, le regard perdu dans le lointain, vers l’avenir peut-être ? De temps à autre je jette un œil en direction de la fille sur son rocher, je lui montre d’un signe de tête appuyé, que moi aussi, sensible que je suis, j’apprécie beaucoup le spectacle et la grâce naturelle de ses animaux souriants. Je vais jusqu’à mimer la scène des deux otaries joue contre joue les yeux au ciel. Bien sûr j’en rajoute. Et puis brusquement leurs jeux changent. La fille aux joues rouges et moi comprenons qu’une de deux otaries est un mâle. Oups. Nous voilà elle et moi l’air de rien entrain de partager une intimité qui n’est pas du tout la nôtre ; malgré cela nous restons un peu, histoire de ne pas nous déballonner, le genre qui en a vu d’autre, prêt à chevaucher le naturel au grand galop ; puis les choses se précisent vraiment vraiment, et rendent notre présence pour le coup éminemment gênante ; en l’occurrence gênante pour nous, la jolie fille que je ne connais pas et moi, les otaries quant à elles n’y prêtant guère attention.
Un instant l’idée me traverse l’esprit de profiter de l’aubaine pour l’aborder sur le sujet.
– « Bonjour ! Alors vous avez vu ça ? Ca fait envie non ? Bon sang quel coup de rein !» Mais un instant seulement, celui d’après me donnant, en guise de conseil d’ami, à entendre le son du flop majestueux.
La voilà qui s’éloigne maintenant, sans que je n’ose l’aborder. Je reste planté là quelques instants indécis à regarder le bord de mer se faire mousser. J’ai attendu de ne plus la voir puis j’ai poursuivi la balade de mon côté, jusqu’au phare rouge. Mais il n’y avait pas grand-chose à voir de ce côté ; le fond de l’air était même assez désagréable je dois dire, parfumé d’une vieille odeur de poisson rance. Je n’ai pas traîné là, et à part un con de crabe que j’ai balancé à la flotte, c’était vraiment nul à chier. J’ai jeté un œil en repassant devant le bassin des otaries mais elles n’y étaient plus. Tant pis. La fille non plus n’était pas revenue.
Je dois remonter chez moi maintenant, il est l’heure pour le pain et je dois aller travailler. J’ai retraversé tout le port en longeant le quai. Les oiseaux étaient toujours là mais ils se sont écartés en se dandinant pour me laisser passer. Les premiers clients circulaient déjà d’un étal à l’autre du côté des stands des pêcheurs. La lumière originelle qui baigne cet endroit certains matins lui imprime un rythme calme, idéal ; jusqu’à ce qu’à nouveau ce monde ne se mette en branle, rien n’est parfait bien sûr.
J’ai pensé que peut-être la fille des otaries aimait ça aussi, le calme de l’éveil et l’atmosphère ultramarine. Que pour y avoir goûté elle y reviendrait. Peut-être demain. De toutes façons, moi qui ne dors pas je serai là.

Coyote à foie jaune.

12 juin 2008

Il fallait se lever et répondre à ce type aux cheveux gras.
Mais depuis tout petit, dans son plus lointain souvenir, il avait toujours vécu avec la trouille. De tout, de vivre, de mourir, de s’endormir, de se lever, la trouille de boire, de fumer. Paralytique du courage, son fauteuil louvoyait entre les écueils nombreux de trente années de fuite à plat ventre. Il avait l’air d’un gamin, si timoré qu’il n’osait faire son âge, de peur de vieillir.
Mais il avait vu John Wayne, et à la fin du film, le lâche, le coyote à foie jaune se rebellait, se mettait debout et affrontait de toutes ses tripes la brute épaisse qu’il terrassait d’un vieil uppercut des familles, sous les vivats de la foule qui n’avait jamais douté de lui, à croire qu’elle avait lu le scénario.
Tout enfin devenait clair, il comprenait le sens profond de la vie.
Et puis des castagnes, il en avait vu, de près même, et en règle générale, les combattants s’en tiraient à moindre frais, à peine écorchés, et surtout grandis ; les hommes sont debout. Plus d’une fois il avait failli intervenir, mais sa non-violence obligée l’en avait empêché, bien sûr bien sûr…
Pourtant, dans certaines situations…la veuve, l’orphelin, les petits….Mais rien n’est simple…
Il fallait se lever et répondre à ce type bruyant.
Puis la confusion fit place à l’absolu. Il se rappela son nom et son père apparut.
-« PAPA !! Qu’est-ce que tu fais là ? »
-« FILS! Tu m’as appelé et je suis venu. En bon génie salvateur, j’arrive pour te guider dans ta quête du savoir. Mais résumons-nous, la question est, dois-tu :
Un : Affronter de face le danger proposé et jouer le jeu de la brutalité ?
Ou
Deux : t’écraser comme une merde molle roulée dans la fiente ?
Ni une ni deux, éclate lui la tête et tu seras un homme mon fils ; et souviens-toi, qui laisse faire le mal assiste le mal ! Sur ce, je te laisse à ta mission, sois fort et tu boiras à même le Saint Graal !
Ah, j’oubliais, ta mère t’embrasse, Dieu te garde mon fils! »
Il fallait se lever et répondre à ce débile énervé qui, sous le regard des amis, l’avait insulté et bousculé bien plus que de raison. Alors, debout très vite, blanc comme un linge et le front en sueur, il s’était jeté sur l’abruti de tout son poids que d’ailleurs il ne faisait pas ; s’en suit la pagaille des chaises renversées, le type qui l’évite et le laisse retomber durement, se cogner la tête sur le carrelage. Un corps humain gît sur le sol, face contre terre. Puis frénétiquement, le type qui lui martèle l’abdomen de dizaine de coups de pieds, d’une violence telle qu’il en reste inerte sur le sol, un courageux filet de sang aux commissures des lèvres.
Son père demandera une autopsie qui révélera qu’il avait une faiblesse au niveau du foie, qu’il avait jaune et maintenant tuméfié.

Rassuré.

3 juin 2008

Ha !
J’ai fait un horrible cauchemar. J’avais perdu mon sexe !
Je me suis réveillé en sueur et fébrile mais ouf! finalement ce n’était qu’un mauvais rêve.
J’ai tout de suite tâté de mes mains mon entre-jambes et oui! mon sexe était bien là, il était revenu. Mieux que ça, il y avait une petite clochette au bout. Digueling digueling.
Avec ça c’est sûr que je ne risquais plus de le perdre.