Archive for mars 2008

Jouons

28 mars 2008
Hier soir encore il est venu et j’ai gagné. Encore. Je gagne à chaque fois. Il vient, nous discutons, nous jouons et je gagne. 3 à 1 hier soir, et sans forcer. Le secret de la gagne à ce jeu c’est la concentration et, même si ses entames sont propres, il finit toujours par se déconcentrer. Je lui parle d’autre chose, de son genou brisé, des factures à payer ou du rapport d’autopsie et ça ne manque pas, il relâche la pression, petit à petit mais aussi sûrement qu’une lame entaille l’abdomen, il cède. Il devient moins précis, plus bavard. Je le vois s’agiter dans le fauteuil, ces tics le reprennent – il se pince le nez, j’entends siffler sa respiration par sa bouche ouverte ; quelques fois même à son front perle un goutte de sueur. Alors j’attends, très peu en fait, et je gagne.
Je gagne je gagne je gagne!  Toujours moi qui gagne !
Toutes ces victoires sont presque indécentes et chaque fois je me dis qu’il ne reviendra plus, que je l’ai assez humilié. Mais malgré cela il revient, homme de peu de fierté (Il m’est arrivé, simplement en fermant les yeux, de le voir lever vers moi ses yeux implorant mon pardon, son corps rouge annelé et velu rampant dans la vase).
Alors de nouveau nous jouons. De nouveau je le domine, et de nouveau je gagne.
Je sais que ce n’est pas exactement ce qu’il raconte autour de lui.
Il se plaît à dire à qui veut l’entendre que ses visites sont autant de victoires éclatantes et que sa maîtrise est magistrale. Que son adversaire le déçoit, qu’il triomphe sans gloire. Je sais cela.
Il me méprise.
Pauvre de lui et de son attitude. Le pauvre perdant!
Pour ma part je n’y vois que la justification de son malaise, la pénible mise en scène de ses névroses.
Le symbole de son impuissance vitale. Calmement.
Soit. Que cet hideux ver de vase persiste à imaginer que la distance m’empêche de connaître ses velléités.
De toutes façons j’évite d’aborder le sujet, tant le sujet m’est pénible. L’idée même de l’évoquer avec lui me ruine le moral. Je n’ai plus de patience. Il me déprime bien plus sûrement qu’une overdose de laudanum.
De fait je dois bien me l’avouer, je préfère rester seul, je n’ai plus aucune raison de continuer à supporter cet individu. Constatons. Peu de conversation, monomaniaque du je, flatulent satisfait de son oeuvre, vaniteux péremptoire et menteur menteur menteur, trois fois menteur.
Que n’ai-je passé l’hiver à subir son manque d’altitude ?
Ma décision est prise, dès demain je ferai en sorte que cela cesse, j’irai voir l’infirmier et le prierai de signifier à ce sinistre personnage que sa simple présence liquéfie mes selles et que je ne souhaite plus jouer avec lui.
A moins que nous ne jouions à autre chose, une dernière fois ?
Le voilà qui arrive. Il sourit.
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John Fante et Richard Brautigan.

20 mars 2008

Quand j’avais vingt ans je savais ce que je voulais.
Je voulais passer mes journées à lire John Fante et Richard Brautigan.
Et je me moquais bien des motards et des filles enlacées à leur taille,
tout autant que des boîtes de nuits rances et des jeunes filles en sueur.
C’était moi le sacré veinard qui avait trouvé le bon filon.
C’était moi l’heureux homme.
J’étais le serrurier et j’avais le passe qui ouvrait les portes de l’esprit libre et sauvage.
Celui-là même qui refusait la fuite dans la frénésie de la danse ;
alors ni une ni deux, je me suis installé dehors sur la terrasse,
et j’ai lu.
Il pouvait bien faire chaud cet l’été là, moi j’étais le seul,
au milieu de nulle part, et ça baignait.

Pas évident.

8 mars 2008

Pas si évident.