Archive for février 2008

Ce pourquoi Paul claudique.

22 février 2008

Marc entre dans la chambre et trouve Estelle, innocente occupée à lire un magazine, nue, allongée sur le ventre, le galbe de sa croupe offert à toutes les audaces de son amant. De nouveau, et pour la sixième fois cet après-midi, Marc sait qu’il va conquérir ce corps et le porter sur l’Everest du plaisir. Il le sait et sent déjà au plus profond de lui monter ce désir qui n’aura de cesse de croître que son assouvissement. Déjà ses deux mains palpent la pulpe élastique et ferme des fesses musclées d’Estelle. Elle soupire puis se tourne vers lui et dans un râle le supplie : – » Marc…s’il te plaît…. » L’interrompant Marc porte délicatement la main sur les lèvres myrtille d’Estelle, l’invitant par là même à cesser toute conversation. A genou sur le lit, il propose à sa bouche gourmande son sexe encore indolent. De son index nerveux, Estelle lui tapote le gland, un peu comme on ferait tomber la cendre d’une cigarette et lui demande :
–  » Donne-moi un instant Marc, s’il te plaît, je fais un saut à la salle de bains et je suis à toi… »
Sous le regard fiévreux de Marc que l’idée d’attendre a visiblement convaincu, Estelle se lève et son magazine à la main, rejoint la salle de bains. Elle en verrouille la porte et se saisit de son téléphone portable habilement dissimulé dans les pages de son magazine préféré.
Estelle appelle Paul.
-« Paul ? C’est moi chéri…Ecoute j’ai quelque chose de spécial à te demander….Voilà, pourrais-tu passer me chercher à l’hôtel ? Quand ? Et bien le plus tôt serait le mieux vois-tu…Tout de suite voire…Ecoute, je n’en peux plus, il faut vraiment que je m’en aille, je veux rentrer chez nous maintenant Paul. Pourquoi ? Mais putain de nom de Dieu de bordel de littérature !!! Mais parce que t’imagines même pas ce que je dois me fader depuis trois heures maintenant !…Un enfer Paul !!! Aucune conversation, pas de réflexion, aucun discernement, l’humour d’un pneu rechapé ; il pense que Devedjian a écrit 37° 2 et ne jure que par BHL and Shoulders pour ces problèmes de pellicules! Je n’ose même pas en rire tellement c’est con. Et attends ce n’est pas tout, Il me claque les fesses en m’appellant Minoschka, il me perfore le tympan à chaque fois qu’il jouit, et surtout, surtout, ça fait cinq fois en deux heures qu’il me grimpe le primate !!! Cinq fois qu’il me cogne partout sur les murs en crépi, j’ai les os brisés, la peau écorchée! Je n’en peux plus de l’entendre ahaner en bavant à mes oreilles! Et il veut recommencer !!! Il n’est jamais fatigué, Je n’en peux plus !!! Viens me chercher Paul s’il te plaît !!!… OK, t’es un ange, je t’attends devant l’hôtel…A tout de suite mon amour… »
Dix minutes plus tard, Paul, le mari d’Estelle arrive devant l’hôtel Windsor, le visage éclairé d’un léger sourire. Après un instant de silence dans l’auto, il finit par lui demander : 
– « Alors, heureuse ? »
– « Oh écoute ça va hein, je me suis trompée, OK, j’avoue, au bout d’un moment, le sexe cru m’irrite. C’est déjà bien assez pénible comme cela alors, s’il te plaît, ne soit pas cynique…Allez, on rentre et on oublie…» 
– « On oublie on oublie, t’en as de bonnes toi… »
– « Attends ? Paul ? Tu ne vas pas encore me dire que tu es jaloux de ce bestiau tout de même ? 
Mais non enfin…Tiens, pour finir le tableau, est-ce que je t’ai dit qu’il parlait à son sexe ? Non mais t’imagines ? Bernie qu’il l’appelait, et vas-y Bernie ! A fond Bernie ! Bien joué Bernie ! » 
–  » Oui, je peux dire que j’imagine assez bien même, merci. »
– « Ooh mince ! Pardonne-moi, je ne voulais pas te blesser mon amour. » Elle lui caresse doucement la joue. « Ne va rien imaginer Paul, c’est toi que j’aime, uniquement toi. Tu es mille fois meilleur qu’eux tous et tu le sais. Eux n’existent pas vraiment. C’est avec toi que je partage mes jours, depuis tout ce temps… » Après un instant de réflexion elle ajoute, un peu solennelle : 
-« Peux-tu me dire ce qu’est l’amant d’une journée comparé à l’homme de toute une vie ?»
Paul arrête l’auto, regarde Estelle intensément et, saisissant son visage entre ses mains, l’embrasse passionnément.
-« Presque rien mon amour, disons peut-être un petit, tout petit gravillon dans la chaussure du marcheur ? Un truc de rien, à peine visible, mais qui finira plus que surement par le blesser jusqu’au sang… »
Elle hausse les épaules et soupire.
-«Oh lala, ce que tu peux être abat-jour quand tu t’y mets…. »
– « Rabat-joie. »
-« Toi-même. »
-« Moi aussi je t’aime. »

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Prendre au mot.

14 février 2008

Elle insistait pour que je couche avec elle. Elle voulait à tout prix qu’on baise. Elle me disait tu verras tu seras pas déçu, je fais ça vachement bien. Je lui disais je te connais à peine, je ne sais même pas si tu me plais. C’est pas grave elle disait, de toutes façons on est pas là pour ça, tu vas pas m’épouser ? Evidemment non que j’allais pas l’épouser, déjà que j’avais pas envie de la baiser, alors l’épouser…
Tu veux pas qu’on parle un peu avant ? Non elle voulait pas, enfin elle voulait pas causer d’autre chose que de baise. Ses verbes préférés dans le désordre, défoncer, bourrer, enculer, le tout à l’impératif. Substantifs ? Chatte, cul queue. J’insistais, t’as vu quoi au cinoche récemment ? Un film de cul. Tu lis en ce moment ? Les onze milles verges. Et l’autre là, t’as vu ce qu’il fait dans les squats ce rat ? C’est parce qu’il ne baise pas assez, ça le rend aigri. Il doit avoir une petite bite.
Elle me fatiguait en fait. Mais je l’aimais bien quand même pour être franc. Difficile de rester insensible à tant de franchise et de nudité. Alors un soir j’ai dit ok, on baise et on a baisé.
Je l’ai fait mettre à quatre pattes, j’ai sorti ma queue et je lui ai bourré le cul en chantant Apache des Shadows à tue-tête. Ca a duré deux minutes en tout. Elle s’est rhabillée, en me regardant d’un œil noir.
J’ai dit : Quoi ?
Elle m’a dit : Faut qu’on parle toi et moi.

Erotomanie.

12 février 2008

Eros ErotosQue je vous raconte, je suis allé chez le coiffeur. Mes derniers soins capillaires remontant à trois mois, ce n’était pas un luxe. Et puis j’avais une heure à perdre alors une nouvelle tête pour quelques euros…Ce que j’aime surtout quand je vais me faire couper les cheveux,  c’est qu’on me fasse un shampoing, enfin plus précisément qu’une fille me lave les cheveux. Surtout Michèle. Elle est plus que jolie, très douce, elle sourit tout le temps et aussi, je dois dire qu’elle fait ça vraiment très bien. Le problème c’est qu’elle ne travaille pas tous les jours, et quand elle n’est pas là, c’est Sabrina qui me lave la tête, et Sabrina, moi je n’en veux pas. Elle est brutale et n’a rien compris à la sensualité. Elle confond avec la lutte indienne et c’est plutôt douloureux.
Je dois dire que c’était mon jour de chance, quand je suis entré dans le salon, Michèle était au bac à shampoing.
Tout en discutant de tout et de rien avec elle,  je m’installe pendant qu’elle me passe délicatement une serviette blanche autour du cou. Je sens son parfum et ma joue n’est qu’à quelques centimètres de sa poitrine. Un pur délice. On a tôt fait de s’emballer quand une jolie fille vous témoigne de l’attention, et pour tout dire, j’en étais à m’interroger sur la façon que Michèle avait de me voir. Si ses touchantes attentions n’étaient que le fruit de mon imagination. Réflexion faîte, je me suis trouvé crétin, elle fait ça avec tout le monde, c’est son métier, ça n’a rien à voir avec toi je me suis dit. Sa gentillesse à ton égard n’est pas feinte, mais elle est gentille avec tout le monde. C’est uniquement professionnel.
Je suis bien installé dans le fauteuil, la tête renversée vers le bac à shampoing et Michèle s’occupe de moi comme elle sait le faire, avec douceur, elle me masse le cuir chevelu tout en me parlant gentiment, me félicitant sur l’implantation et la tonicité de mes cheveux. Lentement elle se penche et me passe la main dans le cou pour éviter que la mousse ne me coule dans le dos. Je sens son haleine fruitée me frôler la joue. Quand elle me demande si je me sens bien, je ne peux réprimer un soupir de contentement. Malgré tous les efforts de ma raison, je ne peux m’empêcher de penser que je lui plais et que peut-être elle et moi…Puis, de nouveau, j’atterris et me dis qu’elle est shampouineuse, qu’elle fait ça à longueur de journée, et que sa douceur n’a d’autre but que de flatter le client. De le fidéliser, de le soigner du mieux possible afin qu’il revienne. N’empêche…Tout en me proposant de me détendre, elle continue de me masser,  de me rincer les cheveux, puis de nouveau de me masser, ou devrais-je dire de me caresser la tête, les épaules ; maintenant sa main glisse sous mes vêtements et se promène sur mon torse et mon compte est bon, j’ai une énorme érection qui monte un chapiteau à l’endroit de mon entrejambes. Je suis tout à la fois gêné et ému, Michèle me fait un effet des plus torride. Malgré tout, je force mon esprit à penser :
-« Ce n’est pas pour toi, c’est son métier, elle fait ça avec tout le monde, c’est juste pour te détendre, te mettre à l’aise… »

A présent que sa main caresse mon entre jambe, il m’est  extrêmement difficile de garder à l’esprit qu’il ne se passe rien de sentimental entre elle et moi, rien d’autre qu’un service professionnel.
Quand elle prend mon sexe dans sa bouche, ma raison vacille et j’ai du mal à ne pas lui caresser les cheveux avec tendresse à mon tour, tant ceci pourrait ressembler à un début de liaison, aux prémisses d’un flirt innocent. Je suis hors de moi quand Michèle m’amène au bout de mon plaisir. Alors enfin je recouvre mes esprits. Il ne me faut que quelques secondes pour éliminer toute la vanité masculine, celle qui m’a laissé penser que Michèle me voyait autrement qu’en bon client. Un habitué certes, un type qui prend grand soin de ses cheveux, bien sûr, mais surtout et avant tout un client, un simple client qui mérite toute son attention, rien de plus, mais rien de moins. Et preuve en est, à peine avais-je eu le temps de me reboutonner qu’elle souriait déjà au client suivant.
Je me suis fait couper les cheveux, j’ai réglé ce que je devais et suis sorti en me promettant à l’avenir d’être moins naïf, moins imbu de ma personne, et de cesser de penser que les filles ne pensaient qu’au sexe et à ma personne.

Notre pain quotidien.

5 février 2008
Elle m’a dit « N’oublies pas le pain s’il te plaît, on t’attend pour manger. »
juste quand je claquais la porte. J’ai pensé « Faut pas que j’oublie le pain » et je me  suis mis à descendre en direction du port pour la ballade. Il y avait peu de vent et le ciel me regardait d’assez haut. C’était plutôt un moment agréable pour se bouger les pieds.  J’ai longé le quai en me demandant si on pouvait encore plonger sans risquer de rester empêtré dans les câbles, si les gamins sautaient encore de la jetée pour épater les promeneurs. Mon grand-père et ses potes eux attendaient que le ferry  se pointe  dans le chenal et plongeaient du quai pour passer directement sous le bateau et refaire surface de l’autre bord. C’était possible parce qu’ils n’avaient pas de quilles. Les bateaux s’entend,  parce que vu d’ici, du bord du quai, vu la taille des ferrys, sûr que mon grand-père et ses potes avaient des quilles. J’étais entrain de rêvasser en apnée tout en  observant le ferry entrer au port quand il est arrivé vers moi,  petit et trapu, avec la peau très mate. Il m’a demandé un euro pour manger. Il attendait en tendant une main vers moi, tout en me montrant la baraque à frites de l’autre. « Attends » j’ai dit et je me suis remonté une épaule pour fouiller la poche de mon jean. J’en ai ressorti un petit tas de mitraille. Il y avait deux euros au milieu de quelques centimes. Je lui en ai donné un en lui demandant comment il s’appelait. Je fais toujours ça, c’est un truc, je me sens moins con à donner de l’argent à un type dont je ne connais le prénom. « Gonzo » il l’a dit en empochant l’argent. Il n’écoutait pas mais je lui ai souhaité bon courage  et j’ai repris mon chemin en me faisant la remarque que c’était la première fois que je croisais la route d’un type qui s’appelait Gonzo. Je commençais à remonter vers chez moi et je me suis rappelé qu’il fallait que je ramène le pain. «  Mince le pain » je me suis dit. Maintenant je n’avais plus assez de monnaie. Tant pis je demanderai à la boulangerie de m’avancer un euro. Je repasserai ce soir pour régler mon ardoise.
J’ai expliqué à la boulangère que j’avais donné un euro à un gamin sur le port, et que du coup je n’avais plus assez d’argent sur moi pour le pain. Quitte à me justifier, Je suis allé jusqu’à lui préciser Gonzo, le prénom du gamin.
-« Pas de problème. Vous avez bien fait, vous vivrez plus léger.» Elle m’a dit en souriant, puis elle m’a tendu le pain tout en me demandant « Et vous, vous vous appelez comment ?»
Je lui ai donné mon prénom et lui ai demandé le sien pendant qu’on y était. Elle s’appelait Naia, et son  prénom était d’origine brésilienne. Sa mère avait quitté le Brésil un peu plus de vingt ans auparavant pour suivre une sorte de Corto Maltese breton plein de splendeur et de morgue qui s’était rapidement mué, une fois à terre, en alcoolique brutal et tourmenté. Enceinte de Naia, elle avait fini par quitter la Bretagne pour atterrir à Boulogne où Naïa avait grandi et s’était plutôt épanouie, même si elle se promettait chaque jour de tout faire pour un jour retourner au Brésil.
En rentrant j’ai expliqué ça à Emma qui s’impatientait, que tout était parti de Gonzo, ce gamin qui faisait la manche sur le port à qui j’avais donné un euro de bon cœur.
Elle m’a demandé si j’avais l’intention d’adopter Gonzo et de coucher avec la boulangère brésilienne, à moins que ce ne soit le contraire.
Je me suis resservi en purée tout en repensant à ma ballade et en me disant qu’il était toujours dommage d’ironiser sur des actes innocents et des paroles sincères, même si je devais bien avouer qu’elle avait une sacrée paire de nichons.