Le gamin joue sur la banquette arrière. Les pieds en l’air il frappe dans ses mains au rythme de la musique. Devant son père s’impatiente au volant. Il laisse pendre son bras gauche le long de la portière. On n’avance pas d’un pouce depuis cinq minutes. La rue est saturée des gaz d’échappement.
Il tire sur sa clope et avale une longue goulée de bière. D’un geste nerveux il regarde sa montre et hoche la tête en soupirant de dépit. De la paume de sa main il frappe deux ou trois coups nerveux sur le volant. Sûr qu’ils vont être en retard et que le match aura commencé.
D’un trait il vide sa canette qu’il envoie exploser sur le trottoir. Il tire une longue taffe sur sa clope, lève les yeux au ciel et maudit le sort ; puis brusquement, il explose de fureur, il se tourne vers la banquette arrière et hurle au visage du gamin.
-« Jimmy bordel !! T’arrêtes tes conneries hein ! »
La bouche ouverte, le gamin s’est arrêté net de frapper dans ses mains, il ne fait plus un geste. Son père est resté un instant comme ça à le plomber du regard, histoire d’être sûr qu’il n’allait pas recommencer. Les bagnoles se sont mises à avancer et derrière eux les klaxons se font entendre. Il a gueulé un truc avec enculé dedans, enclenché la première et fait hurler le moteur. La bagnole a giclé brusquement pour s’immobiliser dans un crissement strident vingt mètres plus loin.
De nouveau au point mort, il n’y a plus que le bruit des moteurs, et la fumée des pots d’échappement qui commence à piquer les yeux.
Mots-clefs : âcre, bagnole, canette, gamin, match, nouvelle, texte court
17 juillet 2008 à 11:58 |
Ca n’est pas ça qui va m’aider à combattre une misanthropie insidieuse en général et une grande méfiance à l’égard des supporters – surtout à tendance alcoolisée – en particulier …
C’est terrible cette violence qui s’abat sur la tête d’un môme, une violence où percent une exaspération, un manque d’amour. Quand j’en suis témoin et surtout quand c’est “minime” (du style harceler haineusement un gamin pour qu’il se dépêche, par exemple), j’éprouve toujours un grand malaise, et je ne sais pas si je dois dire quelque chose (bien sur je ne parle pas de violence physique).
Mon père mettait toujours son bras dehors lorsqu’il conduisait. Au bout d’un moment dans l’année, il avait le bras gauche beaucoup plus bronzé que le droit, et j’aimais regarder les poils blonds, la peau dorée, moi qui n’ai jamais su bronzer, je trouvais ça très viril.
Je ne l’ai absolument jamais entendu élever la voix sur mon frère ou moi.
Un petit texte intantanné bien cruel et bien réaliste.
18 juillet 2008 à 11:47 |
misanthropie contre manque d’amour… encore un match nul…ü
20 juillet 2008 à 4:49 |
J’aime beaucoup la description très réaliste de cet instant particulier. Je trouve trés juste l’image de l’enfant stoppé net la bouche ouverte
25 juillet 2008 à 10:44 |
Joli succés pour ” toute une histoire ” 8 avis et 11 Lecture.
25 juillet 2008 à 2:39 |
Merci!
J’en suis un peu étonné d’ailleurs. J’avoue que “Une éternité de caillou” me tenait plus à coeur et j’imaginais que ç’est ce qui plairait plus…
13 août 2008 à 10:26 |
La peur et la violence naissent – humble avis- dans ce genre de nid là…
on se demande pourquoi on peut avoir mal au coeur en lisant quelque chose d’aussi court.
J’aurais aimé une suite.
14 août 2008 à 12:09 |
En fait suite à votre réaction, je reprendrai en ajoutant que pour pouvoir contrer le destin (moins on a….moins on ….), il faut une sacrée dose de confiance en soi.
Donc, exit le père sur la banquette avant et naissance d’une existence à part entière… Hum… faut-il y croire ?
ça s’appelle la résilience, non ?
14 août 2008 à 2:09 |
Oui j’ai entendu parler de cette résilience. Tant mieux s’il y a un mot pour dire ça.
Et à votre question “faut-il y croire ?”, m’est avis que la réponse naturelle (issue de la nature humaine) est : a-t-on d’autre choix ?
(même si bien sûr, ce sera bien plus que difficile).