Coyote à foie jaune.

By pipobanjo

Il fallait se lever et répondre à ce type aux cheveux gras.
Mais depuis tout petit, dans son plus lointain souvenir, il avait toujours vécu avec la trouille. De tout, de vivre, de mourir, de s’endormir, de se lever, la trouille de boire, de fumer. Paralytique du courage, son fauteuil louvoyait entre les écueils nombreux de trente années de fuite à plat ventre. Il avait l’air d’un gamin, si timoré qu’il n’osait faire son âge, de peur de vieillir.
Mais il avait vu John Wayne, et à la fin du film, le lâche, le coyote à foie jaune se rebellait, se mettait debout et affrontait de toutes ses tripes la brute épaisse qu’il terrassait d’un vieil uppercut des familles, sous les vivats de la foule qui n’avait jamais douté de lui, à croire qu’elle avait lu le scénario.
Tout enfin devenait clair, il comprenait le sens profond de la vie.
Et puis des castagnes, il en avait vu, de près même, et en règle générale, les combattants s’en tiraient à moindre frais, à peine écorchés, et surtout grandis ; les hommes sont debout. Plus d’une fois il avait failli intervenir, mais sa non-violence obligée l’en avait empêché, bien sûr bien sûr…
Pourtant, dans certaines situations…la veuve, l’orphelin, les petits….Mais rien n’est simple…
Il fallait se lever et répondre à ce type bruyant.
Puis la confusion fit place à l’absolu. Il se rappela son nom et son père apparut.
-”PAPA !! Qu’est-ce que tu fais là ?”
-”FILS! Tu m’as appelé et je suis venu. En bon génie salvateur, j’arrive pour te guider dans ta quête du savoir. Mais résumons-nous, la question est, dois-tu :
Un : Affronter de face le danger proposé et jouer le jeu de la brutalité ?
Ou
Deux : t’écraser comme une merde molle roulée dans la fiente ?
Ni une ni deux, éclate lui la tête et tu seras un homme mon fils ; et souviens-toi, qui laisse faire le mal assiste le mal ! Sur ce, je te laisse à ta mission, sois fort et tu boiras à même le Saint Graal !
Ah, j’oubliais, ta mère t’embrasse, Dieu te garde mon fils!”
Il fallait se lever et répondre à ce débile énervé qui, sous le regard des amis, l’avait insulté et bousculé bien plus que de raison. Alors, debout très vite, blanc comme un linge et le front en sueur, il s’était jeté sur l’abruti de tout son poids que d’ailleurs il ne faisait pas ; s’en suit la pagaille des chaises renversées, le type qui l’évite et le laisse retomber durement, se cogner la tête sur le carrelage. Un corps humain gît sur le sol, face contre terre. Puis frénétiquement, le type qui lui martèle l’abdomen de dizaine de coups de pieds, d’une violence telle qu’il en reste inerte sur le sol, un courageux filet de sang aux commissures des lèvres.
Son père demandera une autopsie qui révélera qu’il avait une faiblesse au niveau du foie, qu’il avait jaune et maintenant tuméfié.

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2 réponses vers «Coyote à foie jaune.»

  1. Audine dit :

    Tout ça, c’est la faute à John Wayne.

  2. Zoridae dit :

    Très fort ! Décidément, je suis ravie de la découverte de ton blog :) )

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