Le vide à la place.

By pipobanjo

Ca m’a pris comme ça, sans y penser vraiment, j’ai creusé sous ma dent. Comme ça pendant des semaines, à ravauder chaque soir dans la gencive.
Enfin la dent s’est mise à bouger. Il ne m’a ensuite fallu qu’une soirée pour la déloger et c’en fut fini de mon agacement. J’étais soulagé, libéré. Je pouvais passer ma langue à l’endroit de la dent et sentir le goût métallique du sang. Une belle victoire mon pote.
Et puis vint la douleur. D’abord le point lancinant d’une piqûre d’épingle, puis rapidement, l’embrasement, le feu d’un poignard cruel et dentelé qu’une machine de fer enfoncerait en tournant mécaniquement, très lentement dans la chair de ma mâchoire. Ce fut absolument insupportable, inhumain, la souffrance sans dilution, sa définition.
Que n’y ai-je pensé ? Va savoir, peut-être la douleur me fait-elle me sentir plus vivant ?
Peut-être. Mais plus sûrement, je suis capable de faire n’importe quoi, pas tout le temps, mais quelques fois.

Et maintenant qu’elle est partie je voudrais tant qu’elle revienne.

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