Ce pourquoi Paul claudique.
Marc entre dans la chambre et trouve Estelle, innocente occupée à lire un magazine, nue, allongée sur le ventre, le galbe de sa croupe offert à toutes les audaces de son amant. De nouveau, et pour la sixième fois cet après-midi, Marc sait qu’il va conquérir ce corps et le porter sur l’Everest du plaisir. Il le sait et sent déjà au plus profond de lui monter ce désir qui n’aura de cesse de croître que son assouvissement. Déjà ses deux mains palpent la pulpe élastique et ferme des fesses musclées d’Estelle. Elle soupire puis se tourne vers lui et dans un râle le supplie : -” Marc…s’il te plaît….” L’interrompant Marc porte délicatement la main sur les lèvres myrtille d’Estelle, l’invitant par là même à cesser toute conversation. A genou sur le lit, il propose à sa bouche gourmande son sexe encore indolent. De son index nerveux, Estelle lui tapote le gland, un peu comme on ferait tomber la cendre d’une cigarette et lui demande :
- ” Donne-moi un instant Marc, s’il te plaît, je fais un saut à la salle de bains et je suis à toi…”
Sous le regard fiévreux de Marc que l’idée d’attendre a visiblement convaincu, Estelle se lève et son magazine à la main, rejoint la salle de bains. Elle en verrouille la porte et se saisit de son téléphone portable habilement dissimulé dans les pages de son magazine préféré.
Estelle appelle Paul.
-« Paul ? C’est moi chéri…Ecoute j’ai quelque chose de spécial à te demander….Voilà, pourrais-tu passer me chercher à l’hôtel ? Quand ? Et bien le plus tôt serait le mieux vois-tu…Tout de suite voire…Ecoute, je n’en peux plus, il faut vraiment que je m’en aille, je veux rentrer chez nous maintenant Paul. Pourquoi ? Mais putain de nom de Dieu de bordel de littérature !!! Mais parce que t’imagines même pas ce que je dois me fader depuis trois heures maintenant !…Un enfer Paul !!! Aucune conversation, pas de réflexion, aucun discernement, l’humour d’un pneu rechapé ; il pense que Devedjian a écrit 37° 2 et ne jure que par BHL and Shoulders pour ces problèmes de pellicules! Je n’ose même pas en rire tellement c’est con. Et attends ce n’est pas tout, Il me claque les fesses en m’appellant Minoschka, il me perfore le tympan à chaque fois qu’il jouit, et surtout, surtout, ça fait cinq fois en deux heures qu’il me grimpe le primate !!! Cinq fois qu’il me cogne partout sur les murs en crépi, j’ai les os brisés, la peau écorchée! Je n’en peux plus de l’entendre ahaner en bavant à mes oreilles! Et il veut recommencer !!! Il n’est jamais fatigué, Je n’en peux plus !!! Viens me chercher Paul s’il te plaît !!!… OK, t’es un ange, je t’attends devant l’hôtel…A tout de suite mon amour… »
Dix minutes plus tard, Paul, le mari d’Estelle arrive devant l’hôtel Windsor, le visage éclairé d’un léger sourire. Après un instant de silence dans l’auto, il finit par lui demander :
- « Alors, heureuse ? »
- « Oh écoute ça va hein, je me suis trompée, OK, j’avoue, au bout d’un moment, le sexe cru m’irrite. C’est déjà bien assez pénible comme cela alors, s’il te plaît, ne soit pas cynique…Allez, on rentre et on oublie…»
- « On oublie on oublie, t’en as de bonnes toi… »
- « Attends ? Paul ? Tu ne vas pas encore me dire que tu es jaloux de ce bestiau tout de même ?
Mais non enfin…Tiens, pour finir le tableau, est-ce que je t’ai dit qu’il parlait à son sexe ? Non mais t’imagines ? Bernie qu’il l’appelait, et vas-y Bernie ! A fond Bernie ! Bien joué Bernie !”
- ” Oui, je peux dire que j’imagine assez bien même, merci.”
- « Ooh mince ! Pardonne-moi, je ne voulais pas te blesser mon amour. » Elle lui caresse doucement la joue. « Ne va rien imaginer Paul, c’est toi que j’aime, uniquement toi. Tu es mille fois meilleur qu’eux tous et tu le sais. Eux n’existent pas vraiment. C’est avec toi que je partage mes jours, depuis tout ce temps… » Après un instant de réflexion elle ajoute, un peu solennelle :
-« Peux-tu me dire ce qu’est l’amant d’une journée comparé à l’homme de toute une vie ?»
Paul arrête l’auto, regarde Estelle intensément et, saisissant son visage entre ses mains, l’embrasse passionnément.
-« Presque rien mon amour, disons peut-être un petit, tout petit gravillon dans la chaussure du marcheur ? Un truc de rien, à peine visible, mais qui finira plus que surement par le blesser jusqu’au sang… »
Elle hausse les épaules et soupire.
-«Oh lala, ce que tu peux être abat-jour quand tu t’y mets…. »
- « Rabat-joie. »
-« Toi-même. »
-« Moi aussi je t’aime. »
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